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  HISTOIRE DE LA COMMUNE     


FILSTROFF

La situation géographique et géologique du ban de la commune semble avoir favorisé l’implantation humaine. En effet les méandres de la Nied facilitaient la chasse des premiers hommes préhistoriques. De nombreux outils en pierre taillée ont été découverts sur les hauteurs de la rivière dont les plus anciens remontent à plus de 100 000 ans avant J.C. Sur ces mêmes hauteurs se sont installés les premiers agriculteurs, les terrasses alluviales anciennes étaient propices à la culture et les méandres permettaient une protection efficace. Les premiers agriculteurs venaient de l’Est : après avoir remonté le Danube et le Rhin, ils se sont installés sur le ban de notre commune. En 1986 les archéologues de la DRAC ont sondé et fouillé un site récemment découvert. Le matériel trouvé, notamment les tessons de poterie, atteste de la présence sur ces lieux d’un des plus anciens villages néolithiques de Lorraine (civilisation danubienne, du rubané ancien). Sa datation est estimée entre 6000 et 5000 avant J.C. Par la suite cinq autres sites néolithiques ont été mis à jour. L’occupation humaine s’est poursuivie tout le long des siècles. A l’époque gallo-romaine, le ban de Filstroff en territoire médiomatrique (capitale Metz) fait frontière avec la tribu des Trévires (capitale Trèves). L’occupation humaine est importante puisqu’à ce jour 12 sites gallo-romains sont attestés sur les 1800 hectares que comporte notre commune. D’autres sont encore à découvrir. On peut supposer que jusqu’à l’époque mérovingienne l’occupation humaine était dispersée sur l’ensemble du territoire pour se regrouper lors de la christianisation autour du nouveau lieu de culte. Les fermes ont alors été abandonnées mais leur présence est encore attestée dans la toponymie : « Méding », « Gréiling », « Hénner Huw », « Kleen Huw », « Kalkschéer » etc. L’église est construite sur une butte et sur un lieu-dit appelé « Kääsglocken ». La racine « Kääs, Kees, Kais » que l’on trouve sur d’autres lieux-dits à proximité d’églises (Ebersviller, Freistroff…), vient du gaulois latinisé « casanos » qui a donné le mot « chêne » en français. Le chêne est l’arbre sacré des Gaulois et sa présence dans la toponymie renvoie très souvent à un lieu de culte, ici en l’occurrence lieu de culte christianisé. Le village est donc fort ancien. La racine « troff » renvoie au mot de francique ancien « troppon » (regroupement militaire) qui donnera en français le mot « troupe » et en allemand le mot « dorf ». Faut-il voir à l’origine du village un regroupement de soldats francs appelés en renfort par les Romains dès le troisième siècle et installés de part et d’autre d’un gué de la Nied, lieu stratégique par excellence ? L’hypothèse est tout a fait acceptable. Nous ne connaissons pas la signifiation précise du premier élément « Fils » encore écrit « Vills » ou « Wills ». Renvoie-t-il à un patronyme ? Vient-il du mot allemand « Felsen » (la roche) ? Du mot allemand « viel » (beaucoup) ? Ces hypothèses semblent peu probables. D’après Hans Bahlow (in « Deutschlands Geographische Namenwelt »), la racine est pré-indo-européenne (« Filusa », « Filisa»), donc préhistorique, et signifie « zone marécageuse ». Cette racine est très courante, on la trouve d’ailleurs dans d’autres lieux-dits à Filstroff, Willsgreth par exemple. Les premiers habitants qui ont donné le nom à notre village ont donc tenu compte du lieu-dit d’implantation transmis oralement depuis l’âge préhistorique. De son origine préhistorique, Filstroff a gardé son préfixe, de son origine gauloise son lieu de culte, de son origine germanique son suffixe, pourtant son nom n’apparaît écrit pour la première fois qu’en 1033…… A partir du XIIIe siècle, Filstroff est partagé en trois : le Duc de Lorraine y avait des droits, le seigneur de Boulay y possédait des terres et avait la vouerie des biens fonds de l’Abbaye et enfin l’Abbaye possédait la grande partie des terres. Il faut savoir que la seigneurie de Boulay ne sera rattachée au duché de Lorraine qu’en 1503. En effet, suite à une guerre, le gouverneur du Luxembourg, Christophe de Bade reçut Filstroff et c’est à cette date que Bernard de Mörs, neveu de Gérard II de Boulay, devint seigneur de Boulay et à sa mort en 1503, sa mère (née de Géroldseck), restitue tous ses droits sur Boulay à René II, duc de Lorraine. Au début du XVIIe siècle les moines possédaient les deux tiers des terres de Filstroff et le Duc un tiers. En 1580, le Duc de Lorraine est le seul souverain à Filstroff, il possède toutes les justices, haute, moyenne et basse, mais elles dépendent de deux seigneurs différents : celui de Boulay et celui de Sierck. C’est la raison pour laquelle nous avons à Filstroff deux maires nommés par l’un et l’autre des seigneurs. L’Abbaye de Bouzonville quant à elle exerce la justice foncière pour les deux tiers du ban et possède donc également un maire (Kreuzmayer). Avant 1580, les habitants de Filstroff avaient comme corvées le transport des grains pour le duc. Ils partageaient cette charge avec les habitants de Coume, Hemerstroff, Rosbrück et Theding. Jusqu’en 1709 ils n’avaient pas de banalités, ils pouvaient donc disposer de leurs grains et du pain selon leur volonté. Les abeilles (mouches à miel) par contre appartenaient au Duc et les habitants de Filstroff devaient payer le tiers denier (33%) sur les héritages dont la moitié revenait au Duc. Le Duc possédait également deux forêts à Filstroff avec tous leurs droits : la forêt du Kahlenhoffen et le Jungwald (encore actuellement forêts domaniales) En 1709, François de Haen (encore nommé « Duhan »), chevalier et seigneur de Filstroff, Bizing et Gomelange, chambellan de son Altesse Royale et lieutenant-colonel du régiments de ses gardes, rachète le moulin en ruines aux moines de Bouzonville et le Duc lui accorde la banalité pour les villages de Filstroff, Beckerholz, Saint-Oswald, Bibiche et Neunkirchen qui doivent désormais moudre leurs grains à Filstroff Après la guerre de Trente Ans, les moines de Bouzonville font défricher la forêt du Zeiterholz touchant au ban de Guertsling et celle de Heide qui elle occupait toute la côte des Chanterelles. Ce n’est qu’après l’annexion de 1871 que le reste de la forêt jusque sur les hauteurs de Beckerholz sera déboisée. C’est à cette date également que sera construit le pont sur la Nied reliant le village au « Dotzerduerf » et à son moulin et que sera rendu carrossable le chemin actuel reliant Filstroff à Beckerholz. Cette route appelée « Doudenweech » (chemin des morts) n’était utilisée que lors des enterrements qui avaient lieux avant 18… ( ?) au cimetière de Filstroff. La paroisse de Filstroff a toujours fait partie du Duché de Lorraine. Elle était rattachée au bailliage d’Allemagne, qui était la partie germanophone du duché et dont la langue officielle était l’allemand. En 1748 Stanislas, roi de Pologne déchu et devenu Duc de Lorraine, impose la langue française pour les textes officiels et supprime en 1751 le bailliage d’Allemagne. Les prévôtés de Boulay, Saint-Avold, Longeville et Faulquemont forment le bailliage de Boulay auquel appartient évidemment Filstroff et en 1766, le Duché de Lorraine est annexée par le Royaume de France : Filstroff et Beckerholz deviennent français.